Amsterdam
À Amsterdam, il faisait chaud. C’était rempli de jeunes, de bruit et de vélos. Que venais-je y faire, moi qui goûtais si peu les pétards, point du tout la prostitution — et ne trouvais de manière générale qu’absolu bradé dans toute extase tarifée ? Sans doute ne m’avait conduit là qu’un mélange de curiosité acharnée et de soumission aux circonstances favorables. Depuis quelque temps déjà, je promenais ce volontarisme emprunté et tentais tout du moins, à défaut de forcer le destin, de forcer mon printemps. Je laissais venir, en d’autres termes ; je me laissais vivre, dit autrement.
C’est aussi qu’en ce mois de mai 2005, le musée Van Gogh proposait une exposition Egon Schiele. À l’époque, j’avais l’arrogance — ou, c’est selon, l’étroitesse d’un esprit trop vert encore — de me trouver une certaine proximité avec le peintre autrichien. Nous étions tous deux gaulés comme des squelettes, provocateurs malgré nous et aspirants génies gonflés de cette anxiété tyrannique que partagent souvent les gens ténébreux et narcissiques. Par excès de romantisme, je m’imaginais bien, tout comme lui, mourir avant l’heure d’une mauvaise grippe... Mais le plus perturbant restait l’art avec lequel je retrouvais dans les femmes qu’il avait peintes toutes celles qui avaient croisé mon chemin : des créatures sensuelles pour la plupart — des créatures blessées, sans exception.
Tâchant cependant de profiter un peu du soleil avant de m’enfermer dans le musée, je déambulai une heure ou deux entre les canaux, sans rien trouver de faramineux à prendre en photo. Dans cette agitation hollandaise, il n’était question que de se heurter à la foule plus ou moins festive et illuminée — une horde de t-shirts bariolés, un défilé de canettes, de risettes et de lunettes noires.
Je n’avais même pas vingt-trois ans... Je me sentais terriblement vieux — et restais un sempiternel innocent. Perdant-perdant...
Ce n’était, au fond, qu’un moment de flottement — tout ordures et choses mortes à la surface. Sur l’eau et sous le cagnard, les débris d’une histoire antérieure en bouées morbides et pour seul relief d’un siècle s’annonçant aride... Il fallait bien se ressaisir. Las, je finis par atterrir dans un coffee-shop et achetai quelques grammes d’une tuerie cérébrale élégamment nommée MK-Ultra. J’en testerais les ravages un peu plus tard — loin d’Amsterdam.
Ne m’attendaient pour l’heure que les seins meurtris et les pubis rougis des modèles d’Egon Schiele — exhibés cent ans plus tard sur un papier devenu jauni.


C’est comme Venise . Il vaut mieux garder ses souvenirs en réserve . En 2024 , date de la dernière visite , j’ai été agressée verbalement ,j’y étais allée pour une retrospective de Vermeer . Mon accent ne trompe pas : « espèce de sale belge »m’a - t- on lancé. Ajoutons l’ambiance olfactive et l’accueil pitoyable à la gare centrale de la ville , ma conclusion était faite : je reviendrai aux Pays - bas , mais à Amsterdam , certainement plus,
Je déteste désormais cette ville qui sent le shit et la frite . Malgré ses musées extraordinaires . Vivement la Haye sa tranquillité et surtout le Mauritzhuis qui abrite la jeune fille à la perle .